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L'Alliance française de Pondichéry a invité les Clowns sans frontières en décembre 2010.


Clowns sans frontières PondichéryClowns sans frontières est une association internationalement reconnue et relativement récente : c'est suite à une rencontre avec le clown espagnol Totell Poltrona, en 1993, qu'Antonin Maurel institue en France, avec le soutien d'artistes professionnels bénévoles et avec l'appui d'ONG puissantes, l'association 'Clown Sans Frontières'. Destinée à promouvoir le rire auprès des populations victimes de situations instables dans leurs pays (guerres, famines, épidémies...), cette association regroupe des acrobates, clowns, comédiens, danseurs, musiciens, en compagnies éphémères (le temps d'une mission ou deux) pour porter à travers leurs spectacles un message de soutien et de paix à ces populations (l'action se dirige en particulier auprès des enfants). Parce que l'aide humanitaire ne suffit pas toujours, et que le soutien matériel est indispensable mais en aucun cas suffisant pour apaiser une souffrance morale.

En mission sur Pondy pour une durée de trois semaines, Clowns sans frontières est intervenu auprès d'enfants (orphelins et handicapés lourds en particulier) à Notre Dame des Anges, à l'hôpital Cluny, au couvent Mère Thérésa, à l'Alliance Française et dans des ONG telle que Volontariat. L'équipe est aussi intervenue dans les villages, auprès des populations dalites et des Gitans (du côté de la décharge de Pondichéry).

Interview avec Dauriane Moretus et Achil, deux bénévoles de Clowns sans frontières en mission sur Pondichéry.

Clowns sans frontières PondichéryPour commencer, est-ce que vous pouvez nous présenter un peu Clowns sans frontières?

Clowns sans frontières est une organisation qui a comme but de faire des spectacles avec des artistes professionnels dans des pays ou il y a des situations délicates (catastrophe naturelle, guerre...).E n général, on ne vient pas en première aide : il y a d'abord l'aide médicale des premiers secours, Clowns sans frontières arrive dans un deuxième temps. La première fois qu'on est venus en Inde, c'était après le tsunami [2006]; on n'est pas venus directement après le tsunami, parce qu'il y avait déjà beaucoup de choses matérielles à faire dans un premier temps. Médecins sans frontières nous ont appelé quand ils partaient et nous ont demandé d'intervenir dans les villages de pêcheurs, parce que les gens étaient très démoralisés.

Clowns sans frontières n'a pas de but politique ou religieux. Le but est de promouvoir le rire, donner aux enfants un moment où ils peuvent oublier, s'évader dans l'imaginaire.

Vous travaillez donc principalement avec un public fragilisé?

Oui, complètement. Ici, dans le Tamil Nadu, on a travaillé dans des bidonvilles, des hôpitaux, des orphelinats, des centres pour lépreux, etc... Il y a deux jours, on est aussi intervenus dans les villages auprès des familles, principalement dans les communautés dalites.

On essaye de toucher des enfants qui n'ont en général pas le loisir d'assister à ce genre de choses. On a été dans plusieurs centres autour de Chennai où les enfants ne sortent jamais de leur centre. Ils vont à l'école là-bas, ils mangent là-bas, ils vivent là-bas jusqu'à leur 18 ans. Alors une intervention,  c'est un peu une bouffée d'air frais, d'oxygène, d'exotisme... Pour nous la récompense c'est de voir tous les gamins -mais aussi les adultes qui travaillent avec eux : professeurs, aides soignantes... - avec la banane!

Et le spectacle est en anglais?

Le spectacle n'a pas vraiment de langue, c'est très visuel, c'est du clown burlesque. C'est là qu'on se rend compte que l'humour est universel : les gamins ici rient aux mêmes conneries qu'à Paris : la mauvaise foi du clown, la bêtise, la maladresse, les histoires d'amour... ça marche très bien!

Sinon, on essaye de mettre quelques mots tamouls, de faire traduire des petites phrases... et sinon, on parle plutôt en anglais. Et puis comme on travaille avec deux comédiens indiens qui ont été intégrés à l'équipe, ils peuvent aussi faire le lien.

Clowns sans frontières PondichéryComment percevez vous votre action en Inde? Trois semaines, c'est suffisant?

Trois semaines, c'est court. Mais on essaye de travailler sur la durée; l'idée -et ce qu'on chercher maintenant à développer-, c'est de démarrer avec une équipe assez conséquente, de rencontrer des gens sur place (associations locales, éducateurs, artistes...) et, petit à petit, d'arriver à avoir de moins en moins de français et de plus en plus de relais indiens, pour qu'au final on puisse n'être plus que deux à venir et qu'il y ait une équipe indienne conséquente qui reste sur place en continu. 

Dans l'idéal, on cherche à mettre en place une équipe Clowns sans frontières indienne qui pourrait être autonome, notamment sur la recherche de partenaires et de donateurs; une équipe qui saurait à quelles portes frapper pour obtenir des fonds, et qui pourrait être cautionnée par Clowns sans frontières France, avec un soutien aussi.

Finalement, comme toute ONG, si on fait bien notre boulot, on est voués à disparaître. On ne cherche pas à venir juste en assistanat, c'est plutôt un travail de long-terme : le but c'est que eux ils parviennent à une autonomie et que nous ont puisse se retirer et aller ailleurs. Parce que le plus dur, à Clowns sans frontières, c'est quand même de savoir quand c'est qu'on arrête une mission dans un pays, à partir de quel moment on peut partir...

Et alors, travailler en Inde, ça fonctionne bien? Pas de problèmes?

Oh si, à chaque fois [rires]! Travailler en Inde, c'est un peu compliqué, mais on est très professionnel et très zen! On vient tous les deux du théâtre de rue, en France, c'est très formateur au niveau des imprévus... C'est un bagage qui n'est pas négligeable. Après, on s'adapte. On essaye de ne pas arriver avec nos idées formatées à l'occidentale : on sait qu'on est en Inde, que la culture est différente, qu'on se doit d'improviser à chaque moment. On a toujours des surprises.

Il y a des lieux qu'on était venus repérer en septembre pour pouvoir jouer, et quand on revient les personnes ne se rappellent plus de nous, il faut tout recommencer. Ce soir par exemple, on joue à l'Eglise Notre Dame, on était venu repérer ça en septembre, c'est même eux qui avaient choisi la date et l'heure à laquelle on joue, on y est retourné hier et ils ne se rappelaient plus de rien! Pareil, on devait jouer dans une école, on avait fixé l'heure. On s'est préparé, on a mis les costumes, le maquillage, etc... Et puis ils sont venus nous voir et nous dire que ce serait mieux si on jouait dans deux heures, parce qu'ils y avaient des examens qui n'étaient pas finis... on a donc attendu deux heures en tenue, avec le maquillage qui coule, avant de pouvoir commencer.

Clowns sans frontières PondichéryL'année dernière aussi, on avait essayé de faire venir les enfants de Sandosham […], mais comme ils sont pas très structurés au niveau du temps, ils sont arrivés à la fin du spectacle! Ils pensaient que quand on dit 7h, ça peut être 8h. Donc on leur a bien dit, pour cette année, que si le spectacle était à 7h on jouait à 7h!

C'est aussi pour ça que c'est important quand on choisit une équipe qui part en mission... C'est une mentalité particulière : faut pas de gens qui craignent les conditions climatiques, la bouffe, le manque de sommeil, le manque de repères, etc...  Le truc, c'est pas seulement de prendre des super comédiens, mais aussi de prendre des gens qui humainement sont forts et qui vont tenir le coup. Il faut des gens qui savent s'adapter, qui sont motivés, qui pètent pas un câble en cours de route... Faut aussi avoir un bon esprit de groupe, parce qu'on reste quand même trois semaines non-stop, à deux par chambres -des gens qui se connaissent pas pour la plupart-, dans des conditions d'hébergement pas toujours au top, avec des rythmes de travail intenses, des temps de sommeil un peu limites des fois... C'est pas non plus des conditions de luxe.

Au final, ici, jusqu'à la dernière minute, on n'est jamais sûr de rien. Mais c'est ça qui est intéressant aussi, on s'ennuierait vite sinon!

Site internet de Clowns sans frontières
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