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Roselyne SibilleL'Alliance française de Pondichéry reçoit la poète Roselyne Sibille, qui nous donne deux rendez-vous à l'Alliance française ce mois-ci : le 12, avec une lecture de poésie dansée, avec Lakshmi Bories, et à parti du 14 pour une exposition de ses livres réalisés avec le peintre Youl.

Nous l'avons rencontrée pour en savoir plus sur son oeuvre et sa présence à Pondichéry.

Roselyne Sibille est poète, elle vit en Provence, dans le sud de la France où elle travaille sur trois axes : l’écriture, l’enseignement (elle enseigne l’expression écrite et orale à l’Université d’Aix-en-Provence et a créé un atelier de poésie à l'Université d'Avignon) et l’animation d’ateliers d’écriture pour différents publics. Elle intervient ce mois-ci à l’AF de Pondichéry avec un beau projet qui aura lieu en deux temps : une performance de "poésie dansée", et une exposition de livres. Nous l’avons rencontrée pour en savoir plus sur son œuvre et sur son intervention à l’Alliance française de Pondichéry.

Bonjour, comment est né ce projet avec l’AF et comment êtes-vous arrivée à Pondichéry ?

Roselyne SibilleJe suis venue en Inde, invitée par le Bureau du Livre de l’Ambassade de France, pour participer à un atelier de traduction poétique dans le cadre de Sangam House à Adishakti. Nous étions 8 poètes : quatre poètes indiens de langues différentes et 4 poètes européens. Tous nos poèmes, quelle que soit la langue dans laquelle ils avaient été écrits, étaient en anglais et nous les traduisions chacun dans notre langue. C'était absolument passionnant car nous avions la possibilité d'affiner notre traduction en demandant directement au poète ce qu’il avait voulu dire exactement, pour mieux trouver les mots dans notre langue. En même temps nous avons préparé une performance avec un jeune metteur en scène de Delhi. Nous avons créé un spectacle que nous avons donné à Chennai et à Pune. J'avais demandé de séjourner - à l'issue de cet atelier- en résidence d'écriture, comme je l’ai déjà fait dans plusieurs pays. J’aime aller écrire un certain temps sur place pour sentir "l’esprit du lieu". On m’a proposé de venir ici, à Pondichéry et j’ai souhaité qu’il y ait un rendu de ma résidence vers l’Inde.

C'est ainsi que nous avons organisé ces deux événements avec l’Alliance française de Pondichéry.

Comment s’est faite la rencontre avec la jeune danseuse ?

Roselyne SibilleMon but étant -chaque fois que je vais en résidence à l’étranger- d'offrir ma poésie en lien avec quelqu’un du pays, la collaboration ici se fait avec une danseuse, Lakshmi Bories. Quand j’ai rencontré Lakshmi, nous nous sommes très rapidement et totalement entendues sur la mise en relation de nos expressions créatives. Je lis mes poèmes en français et elle les emmène dans le mouvement dansé, sur une musique que nous avons choisie.

J’aime beaucoup ce qu’elle fait : avec une base de Bharatanatyam, elle improvise en danse contemporaine. Elle a les appuis de la danse indienne et elle prend tout son savoir du mouvement pour l’amener librement vers la poésie. Je lis et elle prend le parfum de ce que j'ai lu pour l’emmener en danse. Grâce à elle j’ai rencontré la jeune styliste de TakaMaklan, Melissa de Valera, qui crée nos costumes pour l’occasion. Elle est partie prenante du spectacle et son talent nous aidera à en faire une soirée harmonieuse.

La partie dansée, c’est donc de l’improvisation ?

Oui, nous avons fait quelques répétitions et chaque fois, Lakshmi danse dans le même esprit, mais différemment. Nous sommes est en lien l’une avec l’autre grâce à la poésie, un peu en funambules mais finalement sans risque. Ce que nous avons préparé est très beau, j’espère que le spectacle aura le même rendu.

Et l’exposition, de quels livres s’agit-il ?

Je suis venue avec des "livres de dialogue" que j'ai créés en France avec l'artiste Youl qui, depuis 20, ans travaille avec des poètes. Nous collaborons depuis mai 2008 et nous avons déjà fait une vingtaine de livres et seize peintures manuscrites. Youl fabrique des livres avec des papiers extraordinaires, venant du monde entier. Il m’amène 3 livres vierges, à peu près identiques - puisque faits à la main - juste avec ses dessins, et je dois inventer les poèmes pour ces papiers, les formes originales des livres et les propositions de son "alphabet graphique". Ensuite je manuscris trois fois mon poème. Youl garde un livre pour ses expositions, un autre est pour les miennes, et un seul est vendu, en général à des médiathèques qui ont un fond de livres d'artistes, ou à des collectionneurs.

Roselyne SibillePouvez-vous parler de votre écriture?

Ma poésie est très liée à la nature J’ai deux grands pans dans mon écriture : soit des poèmes lumineux, liés aux cinq sens, soit des poèmes beaucoup plus intériorisés, une poésie plus inquiète. Le livre que j’ai publié en 2005 s’appelle Versants. Les poèmes correspondent à nos deux versants : l'ubac (celui qui est à l'ombre) est inquiet existentiellement, et l'adret est notre versant lumineux, gourmand de vivre et de partager. C’est parce que nous possédons ces deux versants que nous sommes en équilibre, que je suis en équilibre. Je n’écris pas une poésie cérébrale. Je suis très liée à la nature, c’est mon univers (la ville est pour moi quelque chose de très exotique !). Mais la nature dont je parle n'est pas descriptive, c‘est la nature métaphore de la nature humaine, philosophique.


 

Nous vous proposons, ci-dessous, la préface de Versants, écrite par le poète Jamel Eddine Bencheikh, surtout connu pour avoir traduit le conte des Mille et une nuits.

Versants…

L’intensité des mots métamorphose le regard. Tandis que chaque texte scelle la page, son écho fait éclore un doute : ne serait-il pas né du lecteur qui l’attendait sur une rive déserte ?

En lisant Roselyne SIBILLE je n’ai pas de poèmes élus. Tous se tressent comme « une extase piquetée d’étoiles », conduits par une mer inlassable, « ultime gardienne ». Chacun d’eux prend ma main, me guide puis s’immobilise, faisant place à de nouveaux signes réanimant la sente vers le sommet.

Mouvement ténu, suspendu comme celui d’une flûte traversière qui délie un largo de Vivaldi, ou celui d’un piano qui effleure les Gymnopédies de Satie. Les sons vacillent étrangement et se suspendent l’un à l’autre.

Chaque pas ici est d’une gravité prononcée : comment respirer face à l’exigence. En quêtant un « sourire du vent » ?

Ramifiant ses branches comme un arbre d’espérance, l’écriture se caresse à l’adret ou se raidit au versant du froid. De la mémoire à l’incompris, à l’attendu en vain scruté, elle nous fait renaître en nous-mêmes.

Jamel Eddine Bencheikh

Quelques titres d’ouvrages de Roselyne Sibille

2001 : Au chant des transparences, lavis de Bang Hai Ja , Éditions Voix d’encre

2002 : Éclats de Corée, Éditions Tarabuste (Anthologie Triages, avec le concours du Centre National du Livre)

2003 : Trois jours d’avant-printemps au temple des sept Bouddhas - Revue n°64 « Culture coréenn»

2005 : Versants préface de Jamel Eddine Bencheikh, Éditions Théétète[13](avec le concours du CNL)

2006 : Préludes, fugues et symphonie, Éditions Rapport d’Etape (Librairie française de Venise)

2007 : Tournoiements, Éditions Champ social

2007 : Un sourire de soleil (histoire pour enfants), édition bilingue (franco-japonaise) parue au Japon, traduction de Masami Umeda, photographies d’Hélène Simmen

2009 : Par la porte du silence (Through the Door of Silence), recueil trilingue (français-anglais-coréen), coédité par le Musée mémorial Gyeomjae Jeongseon et le Centre Culturel de la Fondation Toji, peintures de Bang Hai Ja. Publié en Corée du Sud. Traductions de Michael Fineberg et Moon Young-Houn.

2010 : Lumière froissée, encres de Liliane-Ève Brendel, Éditions Voix d’encre

2010 : Calmes aventures au Pays du Matin Calme - Revue n°80 « Culture coréenne

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