| 22 Février 2011
L'Alliance française de Pondichéry et Aurodhan Gallery nous offrent, du 20 février au 20 mars 2011, une exposition de photographies de Lalit Verma et Jean-Pierre Muller sur un événement exceptionnel, la Kumbh Mela, à la Maison Colombani. La Kumbh Mela est l'un des plus grands rassemblements religieux sur terre. Elle rassemble, tous les trois ans, plusieurs millions de pèlerins et d'hommes (ou de femmes) sacré(e)s quelle que soient leur caste, leur origine ou leur croyance.
Le festival se déroule quatre fois tous les douze ans, alternant entre les quatre villes saintes hindoues : Allahabad (Prayag, dans l'Uttar Pradesh), Haridwar (Uttarakand), Ujjain (Madhya Pradesh) et Nasik (Maharastra).
En 2010, la Kumbh Mela s'est tenue à Haridwar, du 14 janvier au 28 avril. Jean-Pierre Muller, passionné de voyages et de photographie, ancien directeur de l'Institut Français de Pondichéry, et Lalit Verma, fondateur de la galerie d'art Aurodhan, se sont tous deux rendus à Haridwar en avril. Photographes amateurs, ils s'intéressent à l'héritage culturel indien sous toutes ses formes. Une belle expo photo est née de cette rencontre.
Nous avons rencontré Lalit Verma pour plus de détails sur cette expérience singulière, l'une des plus importantes manifestations religieuse en Inde.
Pouvez-vous nous expliquer d'où vient la Kumbh Mela, et quelle est sa signification? L'origine de ce festival se trouve dans la mythologie hindoue. C'est l'histoire d'une lutte entre les Dieux et les démons, à l'époque où le monde venait d'être créé, il y a des milliards d'années.
Les Dieux (Devtas) et les Démons (Asura) résidaient sur la Terre. Un jour, les Dieux perdirent leur pouvoir. Afin de mettre fin à leur malédiction, Brahma (le créateur) leur conseilla de baratter l'Océan de Lait pour obtenir l'« Amrit » (le nectar divin, elixir d'immortalité). Comme la tâche était particulièrement difficile, les Dieux et les Démons passèrent un accord temporaire pour y travailler ensemble. Le nectar devait ensuite être partagé également entre les deux. Ils barattèrent l'Océan pendant mille années. Mais quand l'Amrita apparut enfin, les Dieux s'enfuirent avec la cruche. S'ensuivit une bataille entre les Dieux et les Démons pour la possession du pot qui dura douze ans. Pendant ce combat, la légende raconte que quatre gouttes du nectar seraient tombées à quatre endroits différents en Inde : Allahabad (Prayag, dans l'Uttar Pradesh), Haridwar (Uttarakand), Ujjain (Madhya Pradesh) and Nasik (Maharastra). C'est la raison pour laquelle chacun de ces sites est devenu un lieu sacré de pèlerinage.
Le nom du festival vient de cette histoire : Kumbh signifie “fête” et Mela “pot” ou “cruche”. La Kumbh Mela représente la “fête du pot”.
Le festival se produit donc toujours dans les quatre même villes? Oui, à tour de rôle. Et une fois tous les douze ans, c'est a « Maha Kumbh Mela » (« Grande Kumbh Mela ») qui est célébré. C'est une version amplifiée et plus longue de la Kumbh Mela traditionnelle. La dernière était en 2010, c'est celle à laquelle nous avons assistée.
La Maha Kumbh Mela se tient toujours à Haridwar, qui est le plus sacré des quatre lieux de pèlerinage, juste aux pieds de l'Himalaya. Haridwar a une importance particulière en Inde; c'est une ville qui a constitué un centre majeur pour le développement de la philosophie, de la culture et de l'art hindous. Elle est aussi une des plus anciennes villes ayant maintenu la tradition du « Gurukul », autrement dit le rassemblement des gurus et disciples dans une même école.
C'était votre première Kumbh Mela?
Pour moi, oui. C'était une expérience inédite. J'ai assisté à beaucoup de manifestations ou de pèlerinages à travers l'Inde, mais je ne m'étais jamais rendu à une Khumb Mela.
Pour J.P c'est différent, il avait déjà assisté à des Khumba Mela dans les dernières années.
Ça doit être oppressant de se retrouver dans une foule pareille, non? Il y a énormément de monde oui : des hindous mais aussi beaucoup de touristes, des journalistes, le National Geographic bien sûr, etc... Il y a des gens qui viennent de partout dans le monde. Il n'y a pas d'invitations, tout le monde est invité!
J.P et moi, on a décidé de rentrer dans ces foules... C'est très bruyant, il fait chaud, il faut marcher des heures et des heures... Il y a des tentes un peu partout, car beaucoup de gens décident de rester pour quelques semaines, quelques mois, parfois toute la durée du festival. C'est fatiguant, mais c'était une expérience incroyable : on a logé dans un Ashram, dormi dehors avec les pèlerins, les vaches et les mendiants, rencontré beaucoup de monde... et on a pu faire de belles photos.
Vous êtes partis avec une idée précise en tête?
Personnellement, mon objectif était de rencontrer un « homme réalisé »à Haridwar. Un homme qui ait atteint un certain niveau d'Éveil et de sagesse. Et je crois que je l'ai finalement trouvé! C'était un vieux sadhû, très beau, avec les traits du visage très doux. J'ai pu parler un peu avec lui. A un moment, je lui ai demandé s'il avait vu Dieu et il m'a dit que oui. Alors, je lui ai demandé où il était, et il a répondu en me regardant : « il est en face de moi!», comme si Dieu se trouvait un peu partout, dans chaque personne autour de nous. J'ai trouvé ça très beau, très symbolique.
Il y avait aussi une vieille dame qui lui a posé des questions sur le yoga et la méditation. Il lui a demandé où elle en était et elle a dit : « je suis encore dans le chemin ». Alors je lui ai demandé où est-ce qu'on est supposé arriver, ce que l'on doit atteindre par la méditation. Il m'a répondu : « tu dois revenir là d'où tu viens ». Autrement dit, pour t'accomplir, il faut revenir à la source de ton origine. Un peu comme le cycle de l'eau qui tombe du ciel puis s'évapore et remonte, ou le chemin du Gange qui prend sa source et revient dans l'Himalaya : c'est le même voyage avec les âmes.
Qu'est ce qui est le plus impressionnant durant la Kumbh Mela, finalement ? Une image qui restera ? L'un des évènements les plus impressionnants de la Kumbh Mela est le rituel du « Bain Royal» (ou « Shahi Snan »), qui se produit un jour bien particulier pendant le festival, en rapport avec l'astrologie. Ce jour là, on dit que l'eau se transforme en « Amrita » (nectar divin); l'immersion dans le Gange est alors supposée purifier les pèlerins -et leurs ancêtres- de leurs péchés, et les libérer du cycle de la réincarnation.
Durant cet événement, les Naga Sadhus (« sadhûs nus ») ont le privilège de se baigner en premier. Ces sadhûs sont très impressionnants : ils sont nus, le corps recouvert de cendres, les cheveux en rasta, souvent en train de fumer des pipes de marijuana. Nous avons pu prendre quelques photos de ces hommes, c'était très beau!











