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Il y est des rencontres qui rendent optimiste, des gens qui arrivent dans une ville - Pondichéry en l'occurrence - avec un projet rêvé mais réaliste, visant à reconnecter une population à ses racines à travers l'Art. Rien que ça.

Koumarane Valavane est comédien. Né à Karikal, il a vécu une vingtaine d'années en France, donc les quatre dernières comme comédien permanent au célèbre Théâtre du Soleil. Quant on connaît la préoccupation d'Ariane Mnouchkine et son équipe à créer un théâtre pour tous les publics et non plus réservé à une élite bourgeoise, on comprend mieux la motivation de Koumarane Valavane, qui revient en Inde en 2007 avec un projet de longue haleine : faire (re)découvrir le théâtre sous toutes ses formes et l'amener vers le grand public. Une idée ambitieuse et un premier festival en juillet 2010 avec une programmation étonnante : Le Cid de Corneille en Kathakali, du théâtre français contemporain,... Fort du soutien d'institutions publiques, le festival Kameleon revient du 28 au 31 juillet 2011 avec un programme éclectique.

Nous avons eu le grand plaisir de rencontrer son directeur artistique pour en savoir plus sur cet événement, auquel nous souhaitons un succès à la hauteur de son aspiration.

Comment est né ce festival ?

L'idée du festival est née il y a 4/5 ans. Au départ je prévoyais de l'organiser à Chennai où j'ai passé deux ans en revenant en Inde. Mais Chennai, c'est un dinosaure, impossible à attaquer. J'ai eu alors envie de revenir à Pondichéry, j'ai commencé par une tournée dans le Tamil Nadu où nous jouions, avec la troupe Indianostrum Les Fourberies de Scapin. Chennai n'est pas une ville où le théâtre est enraciné, du moins pour ce qui concerne les activités contemporaines. On veut souvent faire croire que les formes traditionnelles sont liées à l'Inde ancienne, c'est faux. Je ne suis pas contre ces formes-là, bien sûr, mais ce sont juste des formes folkloriques que les gens ont mises entre 4 murs pour faire joli en enlevant tout ce qui pouvait choquer ou qui provenait des basses castes, on ne garde que l'aspect « noble » en faisant passer ça pour une tradition de l'Inde. En allant dans les villages, on découvre que les vraies traditions indiennes sont folkloriques, et étonnamment souples et libres.
Après, je me suis rendu compte que le public devait être formé, et c'est un peu ce qui s'est passé en France dans les années 50/60, des metteurs en scène ont formé une génération au théâtre. Personne n'allait au théâtre, à part les aristocrates.

Les gens ont inventé les festivals pour populariser le théâtre, redonner une culture de théâtre aux gens, Avignon a démarré comme ça. Si tes parents ont l'habitude d'aller au théâtre, toi ça te paraît naturel d'y aller. Un jeune indien qui voit une scène sur le bord de mer a beaucoup de mal à y entrer, il se dit « ce n'est pas mon monde ». Comment amener ces gens-là à être à l'aise dans une salle de théâtre, je pense que c'est le travail à faire en Inde et à Pondichéry, c'est le but du festival. Penser à aller voir un spectacle n'a rien d'exceptionnel. Ma génération est passée à côté, il s'agit de viser la prochaine génération avec un travail au niveau de l'école et faire des événements réguliers.

Il y a dans ce festival des formes de théâtre extrêmement rares, je pense notamment à un aveugle qui vient d'un port près de Karikal ; il va sur le bord de mer et chante tous les jours le Silappathikaram, un célèbre poème épique de la littérature tamoule. Les pêcheurs lui donnent du poisson, il survit comme ça. Nous sommes allés le chercher pour qu'il joue ici devant un public. Il n'était jamais sorti de son village. Cette forme de théâtre existait certainement avant mais tend à disparaître. Sa façon de vivre l'art elle-même est incroyable, il chante pour un peu de poisson, pour survivre, sans se poser la question « où va mon art » ?

L'amener là sert à montrer une façon de pratiquer, de vivre l'art et faire réfléchir sur le dévouement, la modestie. Il y aura des danses tribales, un musicien qui jouera de la conque, certainement un des rares à le pratiquer [NDLR : la conque est un gros coquillage dans lequel on souffle].
Cette année j'ai fait le choix d'aller vers des formes rares et difficiles à trouver, mais aussi vers l'art contemporain, avec par exemple Muthuswami, l'un des premiers metteurs en scène contemporains qui a vraiment marqué le théâtre tamoul. Sa troupe à Chennai s'appelle Koothu-P-Pattarai et le spectacle est adapté de deux nouvelles d'un auteur contemporain tamoul. Un autre qui travaille sur les rituels tamouls dravidiens avec un spectacle sur la Femme, et donc notre troupe, Indianostrum, avec un spectacle sur ce qui se passe au Sri Lanka.

Les 3 thèmes sont donc extrêmement contemporains.

Vous êtes à l'initiative de ce festival, pouvez-vous nous raconter l'origine de ce projet ?

Je suis venu à Chennai avec l'idée de créer une troupe. J'ai fait un stage à l'Alliance française. Quand j'ai rencontré le plus vieux metteur en scène, Muthuswami, et lui ai expliqué que j'avais quitté le Théâtre du Soleil pour venir monter une troupe en Inde, il m'a dit que j'étais certainement l'homme le plus fou qu'il ait rencontré, il m'a même conseillé de reprendre l'avion. Après une vie de sacrifice, et pour quoi, il me demandait à quoi bon ? J'ai répondu tout de suite sans hésiter : « ce que vous créez, c'est un désert, vous voulez en faire un joli jardin, vous avez creusé et vous en mourrez, moi je vais creuser et je vais mourir, d'autres vont faire la même chose et tout ça va servir d'engrais à un énième qui pourra construire le jardin ».

Après avoir quitté l'Af, j'ai été accueilli par Kalakshetra, la grande école de Bharatanatyam, dont la directrice nous a « marrainé » pendant 2 ans. C'est à cette époque que j'ai rencontré Pierre Elouard, qui m'a proposé de venir au Satsanga avec la troupe. La situation financière était très délicate, et j'ai trouvé un poste au Lycée français qui a permis de refaire des projets avec Indianostrum.

Qui est Indianostrum ?

Des gens rencontrés à Chennai et au cours de la tournée dans le Tamil Nadu. Nous sommes actuellement 7, j'espère qu'un jour on sera 30. Nous écrivons beaucoup, nous traduisons - je traduis actuellement Baudelaire en tamoul avec le soutien de l'Ambassade de France. Nous écrivons toutes nos pièces, Scapin a été vraiment adapté en tamoul dans le contexte. On m'a même conseillé de le retraduire en français tant c'est une adaptation tamoule.

Nous aurons cette année deux pièces dans le programme du festival. M. Fournier a exprimé son envie de soutenir le festival et à l'occasion ouvrir le jardin du consulat pour une représentation, ce qui est assez unique, nous avons donc décidé de jouer Les Fourberies de Scapin - que nous avons présentée dans tout le Tamil Nadu - pour l'ouverture du festival.

Quel bilan sur le festival de l'année dernière ?

Ca a été une première expérience. Le public a été quand même dans sa majorité européen. Même pour le Kathakali, c'était un grand maître et il y avait très peu de monde. A l'Alliance française, il n'y avait pas assez de places, à la plage très peu de choses. Je pensais que les gens allaient venir, ile ne sont pas venus. Seuls les amoureux du théâtre sont venus, donc plutôt européens.

Cette année, on a gardé la Maison Colombani avec des choses qui peuvent intéresser les européens, à la Distillerie il y aura du théâtre contemporain et la scène à la Statue de Gandhi sera ouverte à tous. Cette année la programmation est plus homogène, nous avons été très exigeants, il y a 18 spectacles. La danse, c'est un peu particulier, ce sont deux jeunes filles qui dansent le Mohiniyattam, une danse traditionnelle . Elles commencent, l'une d'elles m'a contacté, elle avait envie de venir à Pondichéry, je la connaissais et lui ai proposé de danser pour le festival même si c'était un peu hors programme ; après tout, Kameleon est fait par des jeunes et donc ouvert aux jeunes. On n'a pas non plus un cadre rigide...peut-être dans 10 ans, le grand directeur du festival sera plus pointilleux, pour le moment j'occupe cette fonction parcequ'il faut bien le faire mais ce n'est pas mon rôle. J'espère que rapidement quelqu'un prendra le relai.

Avis aux amateurs...

Programme du festival
Pour en savoir plus sur Indianostrum

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