| 10 Février 2011
Quand on se promène à Pondichéry, on peut voir ce beau bâtiment jaune en bord de mer, avec ses cocotiers qui dépassent, laissant deviner un grand jardin. Petit coin de France en Inde, il s'agit du consulat général de France de Pondichéry. Installé là depuis 1956, il remplit ses différentes missions auprès de la communauté française, qui se trouve être la plus importante en Inde. Nous avons rencontré Pierre Fournier, le consul général actuel pour mieux comprendre quelles sont ces missions et le rôle de cette institution française sur le sol indien.
Depuis quand êtes-vous à Pondichéry ?
Je suis arrivé en août 2009, pour 3 ou 4 ans.
Quelles sont les missions du consulat français à Pondichéry ? A-t-il des missions permanentes et d'autres qui évoluent ?
Beaucoup de gens se demandent effectivement ce qu'est un consulat alors que la réponse est d'une grande simplicité. Le consulat est la mairie et la préfecture de la communauté française locale. Comme dans une mairie vous y trouvez un service d'état civil (mariage, naissances, décès), qui accompagne la vie des français ; Et comme dans une préfecture un service des nationalités, très important à Pondichéry compte tenu de l'histoire. Il s'occupe des renouvellements de passeports, traite les demandes de certificats de nationalité, mais aussi de la tenue du registre des français de l'étranger.
Il y a également un service social qui fait un travail remarquable et auquel est associé le service des bourses scolaires. Le service social suit les foyers français en difficulté, et distribue une aide sociale par le biais d'une commission dans laquelle siège des représentants de la communauté française.
Le consulat est donc votre mairie avec ici beaucoup de travail car la circonscription (Pondichéry, Tamil Nadu, Kérala, Andaman et Nicobar) compte quelque 7000 français immatriculés, et c'est aussi votre préfecture, ou plus précisément la sous-préfecture, l'ambassadeur étant en quelque sorte le préfet : on s'occupe donc aussi de la sécurité des français.
Et puis il y a évidemment un service des Visas. Il faut savoir que l'on délivre ici 10 ou 11000 visas par an pour la France, ou plus précisément des visas Schengen. La demande est d'ailleurs en augmentation sensible.
Enfin 2012 va être une grosse année électorale avec deux tours pour l'élection présidentielle, mais aussi pour la première fois l'élection de députés des français de l'étranger. Il revient au consulat d'organiser et de coordonner ces élections, en étroite concertation avec les associations locales reconnues par l'Assemblée des Français de l'étranger.
La mission du consulat « général », est une mission élargie : en plus de la mission consulaire, le consul général assure par délégation et sous l'autorité de l'ambassadeur une mission de représentation politique et économique dans sa circonscription. Je m'efforce donc de nouer des contacts économiques, d'aider nos entreprises ce qui explique que je suis à Chennai toutes les semaines, mais aussi de m'entretenir régulièrement avec les responsables politiques.
Il y a une Chambre de Commerce à Chennai, non ?
Oui, le Chapitre Sud de la Chambre de Commerce et d'Industrie franco-indienne a été inauguré en avril dernier. Cette ouverture reflète la dynamique économique et commerciale de la relation franco-indienne dans cette partie de l'Inde. La population française de Chennai a doublé en 3 ans, 80 sociétés françaises y sont implantées, dont les plus gros groupes français comme Renault, Michelin, Alstom, Thalès, Areva et probablement d'autres bientôt. Une école française devrait ouvrir dans quelques mois sous l'égide de Michelin. Chennai est la ville d'Inde où la croissance des entreprises françaises est la plus forte. Nous envisageons d'y renforcer la permanence consulaire pour accompagner le mouvement. Tout cela s'inscrit dans la mission du Consulat Général.
Comment sont organisés les ambassades et consulats français en Inde ?
Nous avons une ambassade de France à New Delhi évidemment et quatre consulats généraux à Bombay, Pondy (le plus ancien), Calcutta et Bangalore.
Quelle est l'image de la présence française ? Comme une possibilité de développement ou juste comme une présence liée à l'histoire ?
A Chennai elle est excellente. Globalement, le Tamil Nadu, si on le compare à d'autres états de l'Inde, est un des états qui a une des politiques les plus attractives et efficaces en matière d'investissements industriels. Chennai est actuellement un des 10 grands hubs automobiles du monde mais elle est également bien placée dans le domaine des technologies de l'information. Chennai est le second exportateur de softwares après Bangalore. Nous sommes avant tout perçus à Chennai comme un des grands partenaires économiques de la ville. A Pondichéry, la marque de l'histoire est plus forte naturellement, mais personne ne veut d'une ville-musée. Pondichéry bouge, et les français prennent une part très active à ce mouvement. Notre communauté est très bien perçue à tous les niveaux, d'autant qu'elle s'implique de plus en plus dans le tissu local.
Revenons à Pondy, 7000 français, donc ? Avec une majorité, j'imagine, de français nés à Pondichéry, et les expatriés.
7000 français sur l'ensemble de la circonscription, et un peu plus de 5000 à Pondichéry même. Oui c'est la plus grosse circonscription de toute l'Inde, avec les « franco-pondichériens » comme les appelle parfois, et les expatriés. Ces français nés à Pondichéry, la génération des « optants », c'est-à-dire ceux qui ont opté définitivement pour la nationalité française entre 1962 et 1963 constituent environ 80% de la communauté française.
Est-ce que les jeunes générations partent ?
Oui jusqu'à récemment. Les enfants s'installent souvent en métropole et cette population historique avait tendance à décroître lentement. Mais je constate depuis peu les signes concrets d'un renversement de tendance. La seconde et la troisième génération expriment le souhait de revenir et de s'impliquer activement dans le renouveau de Pondichéry. Il y aussi pas mal de gens qui s'installent ici avec des idées et qui font bouger la ville, comme des galeries, sites internet, restaurants... C'est un mouvement extrêmement positif dont tout le monde bénéficie. On a par ailleurs une communauté française à Chennai qui augmente rapidement. Contrairement à ce que j'entends dire, il n'y a pas de départ massif qui serait dû en particulier au changement de régime indien des visas. Bien au contraire, notre communauté augmente. Avec 400 inscrits supplémentaires cette année. Même les inscriptions au Lycée ont augmenté à la dernière rentrée, ce qui est évidemment un signe très positif.
Quels sont à votre avis les points forts de Pondy en termes de développement ?
L'héritage français de Pondy fait que cette ville est, sur le plan architectural et historique est tout à fait unique. Si elle sait se transformer en capitalisant sur ce qu'elle a d'unique, elle a toutes ses chances d'être attractive et compétitive. Le grand secteur sur lequel nous essayons de travailler est le tourisme durable, l'éco-tourisme. Nous sommes convaincus, avec nos interlocuteurs du gouvernement et du Secrétariat, que Pondichéry peut être une vitrine de l'éco tourisme en Inde. Les grands acteurs, pas seulement politiques mais également associatifs, de ce renouveau Pondichérien, sont très militants et très actifs, je pense à INTACH, PondyCan : nous travaillons étroitement avec eux.
Nous travaillons aussi sur le projet de restauration de la plage, une entreprise française est en lice pour cela, afin d'offrir une plage de sable aux pondichériens comme elle l'était il y a 10 ou 15 ans. Il s'agit de restaurer un processus auto-entretenu qui a été interrompu il y a des années.
Quelle est l'image de Pondy en France ?
Pour être très franc, je ne la trouve pas satisfaisante, je crois qu'elle est désuète (la ville blanche, les cocotiers...) et ne reflète pas vraiment de ce qu'on trouve ici. Nous avons tous intérêt à faire évoluer cette image-là. De plus en plus de ministres et de haut responsables français viennent ici repartent convaincus que Pondichéry est une ville qui bouge et que nous avons, nous, beaucoup à y faire. Chacun peut apporter quelque chose dans cette petite révolution des esprits.












Pierre Fournier, Consul général de France