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Canelab est une jeune entreprise (bientôt 3 ans), née de la rencontre entre Jean-Marc Joullié et Dominique Heil. D’abord hébergé dans une unité d’Auroville avec un personnel fluctuant, Canelab a fait son chemin et a maintenant une équipe solide, une recherche technique qui ne cesse de s’affiner et une gamme de produits de plus en plus complète. La société est installée à Pondichéry à deux endroits : Yaka, le showroom devenu boutique  et les bureaux dans le Quartier Français et l’atelier de production, au sud de Pondichéry.

La rencontre entre Dominique Heil et Jean-Marc Joullié s’est faite en Inde. La première venait de quitter un poste de directrice de collections chez Lacoste, le second était graphiste depuis une dizaine d’années en agence de publicité. L’idée de départ de Canelab était d’allier design et artisanat.

ActuPondy a rencontré les deux fondateurs de ce projet ambitieux où éthique et préoccupations écologiques, mais aussi sociales, ont leur place.

ActuPondy : Jean-Marc, vous étiez donc graphiste, comment êtes-vous passé du graphisme à l’objet ?

canelab3JMJ : Ces dernières années, je me suis orienté vers la photographie via la retouche d’images. Je pense que c’est cette recherche des comportements de la lumière sur les matières, sur les rendus qui m’a guidé. Exprimer la chaleur, le froid, des moments, des formes, des ombres portées, des choses abstraites pour exprimer une émotion.
La photo m’a passionné mais j’avais envie de quelque chose de plus manuel avec un goût pour la multitude de mouvements que génère un objet. Je me suis donc orienté vers l’artisanat.

Et le choix du rotin ?

JMJ : C’est vraiment par sens pratique. C’est une matière vivante, facile à aborder, facile à mettre en forme donc qui permet des recherches, alors que le bois nécessite un savoir-faire et une grande connaissance des essences.
DH
: Avec le rotin, l’objet n’est pas figé, chaque pièce est unique. De plus le rotin offre une multitude de possibilités, la diversité des matières permet de créer des motifs à l’infini.

Comment s’est faite l’approche de ce matériau ?

JMJ : J’ai vu que le rotin était présent ici, on en voit dans toutes les maisons, assez inconfortable, pas forcément bien fini mais présent. J’ai approché un atelier dans lequel on a réalisé 3 prototypes, 3 dessins que j’avais en tête. Cette expérience fut très positive au niveau de la forme mais limitée en terme de qualité, de finition.
C’est à ce moment-là que nous avons considéré la nécessité d’avoir notre propre atelier. J’ai embauché quelqu’un d’ici pour trouver du personnel et un lieu.

D’où vient la matière première ?

canelab2JMJ : il y a, avec le rotin, 2 parties : la structure et l’habillage. Les ossatures sont fabriquées avec un rotin de très gros diamètre en provenance, pour la majeure partie, d’Assam.
En ce qui concerne l’habillage, les canneurs utilisent la peau et le cœur du rotin en provenance d’Indonésie et de Malaisie. C’est à ce niveau que nous souhaitons réduire la trace carbone en localisant des fibres en provenance d’Inde.

Donc tout ce qu’on trouve ici en rotin vient d’ailleurs, et reste quand même accessible.

JMJ : Bien que la matière première soit moins chère que le bois, tout dépend de la qualité ,si elle est passée en machine et de la quantité utilisée.
Dans nos meubles, on utilise énormément de matière première car toutes les faces sont habillées, et aussi un autre type de canne de très gros diamètre pour les suspensions notamment, afin qu’elles gardent leur forme.


Combien de personnes travaillent actuellement ?

DH : Environ 10 personnes et nous voulons garder cette taille et ne pas devenir une grosse unité de production.

Les gens qui travaillent avec vous connaissent la technique, comment accueillent-ils la partie design, tout-à-fait nouvelle pour eux j’imagine ?canelab1

JMJ : oui, c’est une des difficultés. La première personne qui est venue travailler a 25 ans et il a vécu à l’étranger. Il est ouvert à d’autres façons de voir, de faire et ça c’est une grande chance. Par contre pour les canneurs, on en a eu un par mois la première année. Habitués à faire de la série, toute nouveauté les met mal à l’aise, même si on essaie de les rassurer avec des salaires à la journée et non à la pièce. Nous avons pallié cette difficulté il y a 1 an en allant vers la communauté des sourds-muets via une ONG Dance With Signs.
DH
 : dès le début, nous avions en tête : artisanat, design et si possible travailler avec une minorité, les sourds-muets. En étant au début à Auroville, cela faisait très loin pour les sourds-muets du sud de Pondy. En mars-avril dernier, nous avons décidé de quitter Auroville pour aller dans le sud de Pondichéry et nous rapprocher de la communauté et là, tout s’est mis en place.

Vous les avez formés ex-nihilo dans les différents corps du métier?

JMJ : Oui, ils avaient travaillé comme maçons, peintres, fermiers, et voulaient se sortir de métiers dégradants pour le corps, en raison des conditions difficiles. Ils étaient prêts à lâcher un salaire plus important pour apprendre et s’offrir un avenir avec un savoir-faire, ce qui n’est pas une démarche classique. Ils ont vite montré une volonté, une concentration, une joie de travailler, une reconnaissance que nous n’avions encore jamais rencontrées.

Et comment évoluent votre production et le marché ?

DH : Notre clientèle indienne évolue bien. Après avoir commencé à vendre localement sur Pondichéry et Chennai à des privés ou des hôtels comme Dune, nous avons - grâce au lancement de notre site web et à des parutions dans différents magazines - étendu notre réseau à des clients situés dans les grandes villes indiennes.
Il est clair que l’originalité de nos produits intéresse une clientèle moderne, amateur de nouveauté et de design avec en plus une sensibilité à l’écologie.
Nous sommes aussi en contact avec des distributeurs français, mais cela prend du temps. Notre rêve être présent a Maison et Objet à Paris dès que possible.

canelab4Et localement ? Des projets à Pondy ?

DH : le marché local reste une priorité et nous allons pour cela réaliser très prochainement un objectif qui nous tient à coeur depuis 1 an : ouvrir notre showroom Yaka à d’autres produits, pour faire découvrir d’autres designers de la région et ainsi créer une synergie autour de la maison et de l’objet.

Canelab dans 5 ans ?

JMJ : Pourquoi pas un jour avoir un atelier en France – et dans d’autres pays - avec une matière première locale et un design Canelab. La vannerie a toujours été pratiquée dans tous les pays du monde avec des matières premières différentes, propres à chaque région. C’est un projet très ambitieux et Canelab deviendrait alors un laboratoire de création qui adapterait sa production, sa ligne dans chaque pays à du local, en terme de matière première et savoir-faire.


Plus d’infos sur Cane Lab

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