Ruby's herbal est une société artisanale de cosmétiques basée à Pondichéry, lancée en 2007 par Ruby Pricylla. A partir de la maison familiale héritée de ses parents, Ruby a développé un jardin botanique situé à cent kilomètres de Bangalore dans le district de Kolar, où une trentaine d'espèces différentes d'herbes médicinales, de plantes et d'arbres sont soigneusement cultivées pour l'élaboration des produits. L'“exploitation” de ces espèces est purement organique - tous les pesticides et engrais utilisés étant naturels - et le processus de fabrication - de la récolte à l'embouteillage - sont artisanaux. A terme, Ruby's herbal cherche à développer la gamme de produits proposés, mais également à générer le plus d'emplois possibles (notamment auprès des femmes du village où se trouve la maison) et à développer des projets en interaction avec les agriculteurs locaux, pour une meilleure valorisation des terres.
Actupondy a rencontré Ruby Pricylla et son partenaire, Mathieu, qui travaillent tous deux depuis quelques années pour le développement de Ruby's Herbal.
Quels types de cosmétiques proposez-vous, et quand avez-vous démarré le business?
Notre produit phare - le premier que nous avons lancé - est une huile pour les cheveux à base de plantes (« herbal hair oil »). C'est une huile essentielle très complète, sans produits chimiques, fabriquée à partir de quinze plantes différentes et d'un mélange d'huiles variées. Elle est très nourrissante pour les cheveux et apaise le cuir chevelu. Nous avons aussi du shampoing, trois types de savons (aloe vera, neem, papaye), des bâtons d'encens et une boîte à offrir (« gift pack »), qui contient l'ensemble de nos produits en petite quantité.
Nous nous sommes lancés dans le commerce en mars 2007, mais j'avais déjà commencé à fabriquer l'huile bien avant -peut être dix ans en arrière. Je le faisais pour moi, à la maison, et elle n'était pas destinée à la vente. C'était une passion, une bonne manière d'occuper le temps. J'ai décidé d'ouvrir un commerce parce que j'ai eu plusieurs échos positifs d'amis ou de proches, et que j'avais aussi besoin de commencer quelque chose qui me permettrait de vivre. Au début, cette huile pour les cheveux était le seul produit que nous avions... Nous sommes allés dans les magasins pour la présenter, mais les gens avaient toujours le même type de réactions : « oh mon dieu, vous comptez survivre avec un seul produit! Vous connaissez le marché?! ». Il est vrai qu'on ne connaissait pas très bien le marché... et on a vite réalisé qu'il faudrait présenter d'autres produits si on voulait pouvoir trouver des distributeurs... A partir de 2010, on a donc commencé à étendre la gamme de cosmétiques, en proposant le shampoing, les savons, l'encens, etc...
Où fabriquez-vous tous les cosmétiques ? Avez-vous votre propre laboratoire ici, à Pondichéry? L'huile pour les cheveux est fabriquée dans notre ferme, à 100 km de Bangalore. La production est donc basée dans le Karnataka, même si nous vivons à Pondichéry. C'est une terre de 10 acres que mes parents m'ont donnée : nous réservons une parcelle de cette terre pour le jardin botanique où nous faisons pousser toutes nos plantes. Quand nous sommes arrivés ici, tout était dévasté et les voisins avaient volé tout ce qui pouvait l'être -mes parents avaient déserté la maison depuis sept ans. Mais c'était la seule chose qui m'appartenait!
Ça nous a pris deux ans pour reconstruire la maison, nous débarrasser des ronces qui avaient envahies le jardin, créer un nouvel espace pour les plantes, construire un laboratoire pour l'élaboration des produits, etc... A cette époque là, nous n'avions pas d'électricité, pas d'eau potable, pas de routes, etc... Ça a été un travail assez monumental, aussi parce que nous n'avions pas de budget ni de soutien pour l'accomplir. Tout a été fait en petit parce que nous n'avions que très peu de moyens. Mais c'est grâce à cette terre que nous avons créé les bases de notre société.
Concernant le shampoing et les savons, ils sont fabriqués ici, à Pondichéry. Nous sommes en contact avec des petits fabricants locaux qui les confectionnent pour nous, à partir de nos propres formules. Nous aimerions les faire nous même d'ici quelques années, mais pour le moment la ferme n'est pas encore adaptée; nous travaillons donc avec ces personnes-là, qui partagent notre manière de faire et nos idéaux.
Comment avez-vous appris à fabriquer cette huile pour les cheveux ? D'où vient la recette ?!
Mon arrière grand-mère fabriquait déjà cette huile, ma grand-mère et ma mère ont continué de la faire et elles avaient des cheveux magnifiques! C'est en fait une recette familiale, mais aussi une méthode traditionnelle indienne de soin naturel pour les cheveux. Avec le temps, les gens l'ont juste oubliée, ont perdu l'habitude de le faire et ont commencé à acheter ce genre de soins directement dans les magasins. Notre idée était de restaurer cette culture, de ressortir du tiroir les vieilles recettes de grand-mère!

Une partie de mon apprentissage (propriétés des herbes, etc...) vient donc de ma mère qui fabriquait déjà cette huile, mais en version beaucoup plus simplifiée - elle n'utilisait pas les quinze herbes et les huit huiles que nous mélangeons aujourd'hui. J'ai donc appris le reste à partir d'expérimentations. Certaines herbes sont relativement connues comme étant bénéfiques pour les cheveux, j'ai commencé avec ces plantes-là, puis j'ai essayé de voir quelles plantes pouvaient être rajoutées pour arriver petit à petit à un produit beaucoup plus élaboré qu'il ne l'était auparavant.
Pouvez-vous nous expliquer la procédure de fabrication de l'huile ?
Nous commençons le matin : à l'aube, nous récoltons un échantillon des quinze plantes dont nous avons besoin pour l'huile : gota kola, hibiscus, aloe vera, rose, etc... Chaque herbe aura au minimum une propriété spécifique pour les cheveux, certaines en ayant plusieurs. L'huile est conçue pour apaiser et relaxer, mais aussi stopper la chute de cheveux, accélérer la pousse, réduire les cheveux gris prématurés, etc.. Chaque plante joue un rôle particulier.
Une fois que les quinze herbes sont mixées -nous avons un petit mixeur-, elles sont plongées dans une bassine d'huile de coco bouillante, où on les laisse cuire à feu doux pendant cinq ou six heures (le temps de cuisson dépend de la quantité d'huile fabriquée). Quand la cuisson est terminée, les plantes sont extraites pour ne laisser que l'huile. Cette huile concentrée est alors mélangée avec huit autres types d'huiles : huile d'amande, huile d'olive, huile de ricin, huiles essentielles... Quand le mélange est achevé, l'huile finale est immédiatement embouteillée.
Le procédé de fabrication n'est donc pas extrêmement compliqué mais il nous prend une journée entière : nous commençons tôt le matin et finissons l'embouteillage tard le soir. La préparation est réalisée en un jour et n'inclut aucun produit chimique.
Vous donnez aussi des massages de la tête directement à domicile, en apportant de l'huile, de la musique et de l'encens chez les gens ! Où avez-vous appris à masser? J'ai commencé à donner de “vrais” massages après avoir reçu un “Reiki”1 de mon maître, Mr Paolo. Il m'a transmis cette énergie en plusieurs sessions, sur trois jours. Le Reiki est une énergie universelle qui se transmet, mais on ne sait jamais comment les gens vont y réagir. Certaines personnes sont très sensibles pendant le massage, d'autres le sont moins. En fait, le massage ne peut fonctionner réellement que si la personne est assez ouverte à la base pour recevoir ces énergies là - sinon, il s'agira d'un simple massage de la tête, ce qui n'est pas si mal non plus! Mais j'essaye d'ouvrir une porte pour que la personne puisse ressentir quelque chose d'autre. Je n'ai pas d'autre rôle que ça : celui d'un fil, d'un lien entre la personne que je masse et l'univers qui l'entoure.
Au tout début, quand j'ai commencé, je me reposais essentiellement sur la partie technique du massage, en suivant quinze étapes successives bien définies. Après avoir reçu le Reiki, mon approche a été complétement changée. J'ai commencé à donner des massages différents, où je pouvais ressentir l'énergie des autres et utiliser l'énergie que j'avais reçue -il y avait davantage d'intuition.
Avant de commencer le massage, j'ai pris l'habitude de méditer pendant quelques minutes; ça m'aide à rassembler mes pensées et à me concentrer sur les énergies. Le massage est toujours un moment d'échange, et il est différent pour chaque personne. Je ne donne jamais deux fois le même massage !
Dans quelles directions souhaitez-vous développer votre commerce aujourd'hui ? Quels sont vos projets? Dans les années à venir, j'aimerais créer de nouveaux produits, élargir la gamme – notre prochain produit devrait être une crème hydratante pour la peau, et augmenter le nombre de distributeurs. Pour le moment, nous avons des distributeurs à Goa, Bangalore et dans le Tamil Nadu. On se charge de Pondichéry, comme on y habite... Nos produits ont aussi voyagé en Allemagne, en France, en Australie, en Angleterre, à Malte, aux États-Unis, au Canada... Mais c'est un business à petite échelle, ça passe toujours par des gens qui les emmènent avec eux, pour offrir ou pour les revendre... pas par de grands distributeurs. Le commerce et l'exportation des cosmétiques sont régis par des règles assez strictes : les marchés sont dominés par les plus grandes marques comme L'Oréal et pour introduire de nouveaux produits, il faut commencer par obtenir des certifications bien spécifiques...
Pour pouvoir grandir, nous aurons aussi besoin de développer la ferme, le laboratoire et le jardin. Mais nous ne recevons aucun soutien, notre projet est voué à se développer de manière purement autonome, donc les choses vont lentement. Pour le moment, on essaye surtout de survivre et de ne pas couler! On aimerait bien obtenir un label de culture organique, mais c'est une démarche assez complexe à entreprendre avec le gouvernement... Ça coûte cher et ça prend du temps...
Nous aimerions aussi travailler davantage avec les femmes du village où se trouve la ferme. Ce village est assez traditionnel et pauvre : pas d'hôpital, pas d'écoles dignes de ce nom... Les femmes travaillent très dur, elles ont souvent un travail physique dans les champs par exemple et gagnent très peu (toujours moins que les hommes, pour un travail identique). Beaucoup ont du talent mais n'ont jamais la chance de le mettre en œuvre, de faire quelque chose d'un peu plus créatif. Notre rêve, c'est aussi de donner un meilleur travail à ces femmes là, donc d'agir en interaction avec le village, dans la mesure des moyens...
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