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Conseiller chez Cartier de jour et artiste de nuit, Olaf van Cleef donne l'impression de ne jamais s'arrêter. Ses tableaux pour le moins surprenants réunissent deux grands amours sur une même toile : la joaillerie et l'Inde. Ici tout devient possible : Ganesh avec un diadème en papier chocolat, Lakshmi en rose pâle... Le temps d'un entretien à Pondichéry où il vient régulièrement, Mr. van Cleef m'a permis de découvrir son univers coloré et d'en savoir plus sur le projet d'ouverture du Van Cleef Hall.

  • Quel lien existe-t-il entre vous et l'Inde?Peinture Olaf Van Cleef

Mon éducation a créé le premier lien. J'ai grandi avec Le livre de la jungle de Kipling j'ai donc connu très tôt Mowgli et Sheer Khan. Le palmier et l'éléphant ont fait parti de mon univers. J'avais également une famille qui a beaucoup voyagé : une grand-mère qui a parcouru l'Asie, mes parents qui ont habité en Afrique. Du coup, le voyage ne m'effrayait pas. J'y ajouterai également un certain goût du luxe et un amour pour la richesse des couleurs. Toujours fasciné par la vraie Inde, celle des Indiens pas celle des européens, j'ai traversé l'Inde en long et en large et je me suis rendu compte qu'il est très important de replacer ces voyages dans un contexte indien, d'adopter un point de vue indien, de délaisser l'européen que j'étais et de ne pas apporter de jugement. Mois après mois, année après année, j'ai découvert une Inde différente, profonde, fascinante.

  • Quelle relation existe-t-il entre votre art et l'Inde?

D'abord je travaille dans une entreprise dans laquelle les bijoux et l'histoire de l'Inde sont uniques. Cartier n'existerait pas sans les Maharadjas. En parallèle, dans n'importe quel temple, n'importe quel antiquaire, les dieux sont toujours couverts de bijoux. Le déclic s'est fait instantanément en moi : faire quelque chose d'inspiration française avec un dieu indien. Il ne m'a pas semblé offenser la culture indienne étant donne que dans les années 20-30, toute la haute société venait en Inde pour acheter des objets d'inspiration européenne. Finalement, je renoue avec la tradition en faisant des dieux façon pastel. J'essaye d'interpréter ce que je connais, ce que je ressens. Je mélange l'Inde à la culture européenne et j'en fais un produit unique, hors du commun qui est indien ne heurte pas la sensibilite indienne.

  • Pourriez-vous me décrire vos débuts artistiques?Peinture Olaf Van Cleef

J'ai peint très jeune. La deuxième femme de mon père était peintre, ma marraine aussi... J'ai toujours été fascine par l'art, les couleurs. Je considère l'art comme une éternelle découverte. Au début je ne faisais que de l'abstrait. On peut faire beaucoup d'argent avec de l'abstrait mais ce n'est pas le genre de contact qui m'intéressait. Les gens qui achètent mes dieux les mettent dans leur temple à domicile, j'ai trouvé une niche de marché très particulière. Ce sont des familles qui ont de très grandes maisons où il y a un temple, et ils y accrochent mes dieux. C'est très honorifique, imaginez-vous que la vraie Inde utilise mes tableaux pour la prière.

  • Que pourriez vous me dire sur votre peinture, que représente-t-elle pour vous?

Olaf van CleefUn tableau prend 150 heures, On rajoute au fur et à mesure des objets ; progressivement, on met un vase, une souris, une noix de coco, cela amène le spectateur à s'interroger. Au début, je faisais trois à quatre tableaux par mois et puis j'ai pris le goût de l'excellence. J'ai souhaité mieux faire, atteindre la perfection. C'est du travail de joaillerie en quelque sorte. Il faut laisser le temps au temps, le tableau va évoluer, grandir tout doucement jusqu'au moment où il est rempli. Chaque période dans le tableau est extraordinaire, à chaque fois c'est le plus beau moment. C'est la main qui part toute seule, je travaille la nuit de trois heures à huit heures. Et pourtant je n'ai pas l'impression de travailler, mes mains cavalent, je dors, je suis dans un autre monde. Je n'ai jamais connu la solitude quand je suis dans la peinture. C'est comme une bulle. Là j'existe, c'est une autre image de moi-même, c'est ce que j'ai construit grâce au pays qui m'a inspiré. N'ayant pas d'enfant, ca prolongera la vie, ma vie.

  • Dans quel but avez-vous acheté un grand espace à Pondichéry?

Peinture d'Olaf Van CleefInitialement, c'était pour stocker mes tableaux qui sont aux quatre coins de l'Inde. Ca permettrait aux gens qui viennent à Pondichéry de voir tous mes tableaux. J'ai choisi cette ville parce qu'elle est très importante à mes yeux. Pondichéry est la ville la plus spirituelle du sous-continent indien et le monde ne le sait pas... Les indiens ne viennent pas se recueillir vers la Mère mais vers Aurobindo qui est considéré comme étant le premier libérateur de l'Inde face aux Anglais. Il est venu se cacher à Pondichéry et les indiens le savent. Il y a énormément d'indiens qui viennent et ce sont ces client-là qui m'intéressent des gens religieux, classiques, d'un niveau culturel et spirituel très élevé.

  • Quels sont vos projets pour les années à venir?

Ce fameux espace de 100 m2, où je veux exposer, sera vide dix mois par an. Tous les gens qui feront une activité humanitaire, culturelle ou éducative et qui auront besoin d'un endroit pour se réunir, y auront gratuitement accès. L'idée est d'y pratiquer un bon nombre de choses comme du yoga dans un espace climatisé ou des vaccins dans un environnement stérile etc. C'est non seulement important d'un point de vue humain mais c'est également important pour l'image. Les gens entendront parler de l'endroit, ils iront voir et découvriront mes tableaux par la suite.

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