La question de la lecture chez les jeunes est aujourd'hui au cœur des préoccupations éducatives et culturelles en France. Alors que les écrans occupent une place de plus en plus importante dans le quotidien des adolescents, le livre peine à conserver son attractivité. Face à ce constat alarmant, de nombreux acteurs se mobilisent pour redonner aux jeunes générations le goût de la lecture et leur permettre de découvrir les richesses que recèlent les pages des livres.
Comprendre les raisons du désintérêt des jeunes pour la lecture
Les facteurs socioculturels qui éloignent les adolescents des livres
Le rapport des jeunes à la lecture a considérablement évolué au fil des décennies. Une tendance à la baisse du temps consacré à cette activité s'observe depuis les années 70, mais elle s'est particulièrement accentuée ces dernières années. Selon une étude du Centre national du livre réalisée en 2024, un jeune sur quatre n'ouvre jamais de livre. Ce phénomène touche particulièrement les garçons au collège, notamment dès la classe de quatrième. La lecture est souvent perçue comme une activité peu valorisante socialement, associée à une image d'intellectuels peu enclins à la socialisation. Cette perception négative contribue à éloigner les adolescents des livres, qu'ils considèrent comme non attractifs par rapport à d'autres formes de divertissement. De plus, on constate une forte féminisation de la lecture, ce qui peut renforcer l'idée chez les jeunes garçons que cette activité ne leur est pas destinée.
L'influence des écrans et des loisirs numériques sur les pratiques de lecture
L'omniprésence des écrans dans la vie quotidienne des adolescents constitue un facteur majeur de délaissement du livre. Les jeunes âgés de 11 à 15 ans consacrent en moyenne 19 minutes par jour à la lecture de loisir, tandis qu'ils passent trois heures et onze minutes devant les écrans, soit une durée dix fois supérieure. Chez les garçons, ce déséquilibre est encore plus marqué puisqu'ils lisent en moyenne sept minutes par jour contre cinq heures et douze minutes devant les écrans. Les filles de 16 à 19 ans passent quant à elles 17 minutes par jour à lire contre cinq heures et neuf minutes sur leurs écrans. Au-delà du simple temps passé, c'est également la qualité de l'attention qui est affectée. Près d'un adolescent sur deux fait autre chose en lisant, comme envoyer des messages, regarder des vidéos ou consulter les réseaux sociaux. Cette fragmentation de l'attention conduit à des lectures interrompues, puisque 20 pour cent des lecteurs ne dépassent pas quinze minutes de lecture ininterrompue. L'usage intensif des écrans par les parents eux-mêmes entrave les interactions familiales et nuit au devoir d'exemplarité qu'ils devraient incarner.
Rendre la lecture plus séduisante grâce à des approches innovantes
Diversifier les formats et les genres littéraires proposés aux jeunes
Pour reconquérir l'intérêt des jeunes, il est essentiel de diversifier l'offre de lecture en proposant des formats variés et adaptés à leurs modes de consommation culturelle. Le livre numérique connaît un certain succès auprès des adolescents, puisque 44 pour cent d'entre eux ont déjà lu un livre sur support numérique. Plus surprenant encore, près d'un jeune sur deux a déjà lu un livre sur son téléphone portable, ce qui démontre que cet appareil omniprésent peut aussi servir de porte d'entrée vers la lecture. Le livre audio représente également une alternative appréciée, avec 42 pour cent des jeunes qui ont déjà expérimenté ce format. Ces nouveaux supports permettent de toucher des jeunes qui ne seraient peut-être jamais allés vers le livre papier traditionnel. Les adaptations télévisuelles d'œuvres littéraires jouent aussi un rôle important dans la découverte de la lecture, puisque 66 pour cent des jeunes lecteurs affirment avoir davantage envie de lire une œuvre après en avoir vu l'adaptation à l'écran. Les best-sellers de 2024 selon GFK, publiés par Livres Hebdo fin 2025, témoignent de cette diversité d'intérêts avec des titres comme Harry Potter, Mille Baisers pour un garçon, Le Royaume de Kensuké, Le Petit Prince et Vendredi ou la Vie sauvage.
Intégrer la gamification et les expériences interactives dans la découverte des livres
L'introduction d'éléments ludiques et interactifs dans l'univers du livre peut contribuer à le rendre plus attractif aux yeux des jeunes. La gamification consiste à emprunter des mécaniques issues du jeu vidéo pour susciter l'engagement et maintenir la motivation. Des applications proposent désormais des défis de lecture, des systèmes de points ou de badges à collectionner, transformant ainsi la lecture en une expérience plus dynamique. Les livres interactifs permettent également au lecteur de devenir acteur de l'histoire en faisant des choix qui influencent le déroulement du récit. Ces approches répondent aux attentes d'une génération habituée à l'interactivité et à la participation active dans ses loisirs numériques. L'influence des personnalités suivies en ligne constitue un autre levier intéressant, même si seulement 10 pour cent des jeunes affirment avoir eu envie de lire un livre conseillé par un influenceur. Cette proportion pourrait néanmoins croître avec le développement d'influenceurs littéraires capables de parler de livres dans un langage accessible et attractif pour les adolescents.
Le rôle des familles dans l'éveil à la passion de lire
Créer des rituels de lecture partagée à la maison
La famille constitue le premier cercle d'initiation à la lecture et joue un rôle fondamental dans la construction du rapport au livre. Pourtant, les parents manquent souvent de temps pour lire à leurs enfants et ne sont pas toujours conscients des bienfaits de cette pratique. Une donnée révélatrice montre que 61 pour cent des jeunes regrettent que leurs parents ne leur lisent plus d'histoires comme lorsqu'ils étaient petits. Ce sentiment de nostalgie témoigne de l'importance qu'avaient ces moments partagés dans leur enfance. La lecture partagée entre parents et enfants favorise le développement des compétences langagières, motrices et psychosociales. Les États généraux de la lecture, pilotés par le ministère de l'Éducation avec Édouard Geffray et le ministère de la Culture avec Rachida Dati, ont lancé un plan sur dix ans comprenant quinze propositions. Parmi celles-ci figure la sensibilisation des familles à l'importance des rituels de lecture, notamment la lecture du soir. Le ministère de la Culture a également créé un prix dédié au livre pour bébé, reconnaissant ainsi que l'éveil à la lecture doit commencer dès le plus jeune âge et se poursuivre dans une continuité de la naissance à l'âge adulte.
Montrer l'exemple en tant que parent lecteur
L'exemplarité parentale constitue un facteur déterminant dans la transmission du goût de la lecture. Les enfants reproduisent naturellement les comportements qu'ils observent au quotidien chez leurs parents. Si ces derniers passent leurs soirées sur leur téléphone ou devant la télévision sans jamais ouvrir un livre, il sera difficile de convaincre les jeunes de l'intérêt de la lecture. À l'inverse, voir régulièrement ses parents plongés dans un roman ou un essai transmet un message puissant sur la valeur accordée à cette activité. Cependant, l'usage intensif des écrans par les parents eux-mêmes représente un obstacle majeur, car il entrave les interactions familiales et empêche de donner l'exemple. Pour accompagner les familles qui ne sont pas familières avec la lecture, des dispositifs spécifiques ont été mis en place. L'Union départementale des associations familiales de l'Ain a notamment créé le programme Lire en famille destiné à soutenir les parents non-lecteurs. L'association Lire et faire lire permet également de compenser le manque de transmission familiale en faisant intervenir des bénévoles qui lisent des histoires aux enfants. Une étude d'impact a révélé que 92 pour cent des enfants apprécient ces séances et que 80 pour cent des enfants qui n'aiment pas lire apprécient ces moments, avec un tiers d'entre eux qui se mettent ensuite à lire plus souvent.
L'école comme moteur de la promotion de la lecture
Repenser les programmes scolaires pour redonner du plaisir à la lecture
L'école occupe une position centrale dans la transmission du goût de lire, mais les approches pédagogiques doivent évoluer pour ne pas transformer la lecture en une contrainte scolaire supplémentaire. L'enjeu est de concilier les exigences académiques avec la découverte du plaisir de lire. Les œuvres imposées au programme peuvent parfois rebuter les élèves si elles ne résonnent pas avec leurs préoccupations ou leur sensibilité. Il est donc essentiel de laisser une place à la lecture libre et aux choix personnels, permettant à chaque jeune de trouver les livres qui lui parlent. Les meilleures ventes de 2024, qui incluent des titres variés allant de Harry Potter au Petit Prince, montrent bien la diversité des goûts et des niveaux de lecture. L'étude PISA démontre les effets positifs de la lecture de fiction sur les performances scolaires, ce qui souligne l'importance d'intégrer davantage cette dimension dans les parcours éducatifs. La lecture n'est pas seulement essentielle pour la réussite scolaire, elle permet également de diversifier le champ lexical et active la totalité du cerveau, contrairement à l'usage passif des écrans.
Former les enseignants à transmettre l'amour des livres
Les enseignants constituent des médiateurs essentiels entre le livre et les jeunes lecteurs. Leur capacité à communiquer leur passion et à créer des ponts entre les œuvres et la vie des élèves peut faire toute la différence. Le plan décennal issu des États généraux de la lecture comprend une amélioration de la formation à la lecture des enseignants. Cette formation doit leur permettre d'acquérir des outils pédagogiques innovants et de mieux comprendre les obstacles rencontrés par les jeunes dans leur rapport à la lecture. Le comité de pilotage des États généraux, dirigé par Nicolas Georges, travaille à identifier les meilleures pratiques et à les diffuser dans les établissements scolaires. L'écrivain Timothée de Fombelle, impliqué dans cette réflexion, insiste sur l'importance de considérer la lecture comme une continuité qui s'inscrit dans la vie entière des individus. Les enseignants doivent également être sensibilisés aux différences entre les garçons et les filles dans leur rapport à la lecture, afin d'adapter leurs approches et de ne laisser aucun élève sur le bord du chemin.
Bibliothèques et médiathèques : des espaces à réinventer
Transformer les bibliothèques en lieux de vie conviviaux pour les jeunes
Les bibliothèques publiques représentent un maillon essentiel du réseau de promotion de la lecture, avec un investissement annuel de 1,7 milliard d'euros pour leur gestion en France. Cependant, ces espaces doivent se réinventer pour attirer les jeunes générations qui les perçoivent parfois comme des lieux austères et déconnectés de leurs centres d'intérêt. La modernisation des bibliothèques passe par la création d'ambiances plus chaleureuses et moins formelles, avec des espaces modulables permettant différents usages. Les adolescents doivent pouvoir y trouver un lieu où se retrouver, échanger et découvrir des contenus culturels diversifiés, pas uniquement des livres. L'intégration de supports numériques, de jeux vidéo ou de films peut contribuer à désacraliser ces espaces et à les rendre plus accessibles. Le soutien aux initiatives locales pour moderniser l'image du livre fait partie des propositions des États généraux de la lecture. Ces initiatives peuvent prendre des formes très variées selon les territoires et les publics visés, mais elles partagent toutes l'objectif de rapprocher les jeunes de l'univers du livre.
Proposer des animations et des rencontres avec des auteurs
Les animations et les événements organisés dans les bibliothèques permettent de créer une dynamique collective autour de la lecture et de sortir du face-à-face solitaire avec le livre. Les rencontres avec des auteurs constituent des moments privilégiés où les jeunes peuvent découvrir la personne derrière l'œuvre et comprendre le processus créatif qui aboutit à la publication d'un livre. Ces échanges humanisent la littérature et peuvent susciter des vocations de lecteurs, voire d'écrivains. Les ateliers d'écriture offrent également aux adolescents l'opportunité de devenir eux-mêmes créateurs et de comprendre de l'intérieur les mécanismes narratifs. Les concours de lecture, les nuits de la lecture ou les lectures publiques contribuent à faire du livre un objet vivant et partagé, plutôt qu'un support figé. Ces initiatives permettent de lutter contre l'image peu attrayante que peut avoir la lecture auprès de certains jeunes et de démontrer qu'on peut être lecteur tout en étant sociable et connecté à son époque.
Les apports de la lecture pour l'épanouissement des jeunes
Développer l'imagination et la créativité par les histoires
La lecture de fiction offre aux jeunes un terrain d'exploration illimité pour leur imagination et leur créativité. Contrairement aux images imposées par les écrans, le texte laisse au lecteur la liberté de se représenter mentalement les personnages, les décors et les scènes. Cette activité cognitive stimule les zones du cerveau associées à la visualisation et à la création mentale. La lecture active la totalité du cerveau, sollicitant simultanément les fonctions liées au langage, à la mémoire, à l'émotion et à la représentation spatiale. Les histoires permettent aux adolescents de vivre par procuration des expériences qu'ils ne pourraient pas connaître dans leur vie quotidienne, élargissant ainsi leur compréhension du monde et des relations humaines. La lecture de fiction développe l'empathie, la créativité et la capacité à se mettre à la place d'autrui, ce qui contribue directement à la santé mentale des jeunes. Dans une société où les liens sociaux peuvent être fragilisés et où les problèmes de santé mentale chez les adolescents sont en augmentation, la lecture peut constituer un outil précieux pour aider les jeunes à mieux comprendre leurs émotions et celles des autres.
Renforcer les compétences linguistiques et la culture générale
Au-delà du plaisir qu'elle procure, la lecture constitue un outil fondamental pour le développement cognitif et l'acquisition de compétences essentielles. La confrontation régulière avec des textes variés permet d'enrichir considérablement le vocabulaire et la maîtrise de la langue. Les jeunes lecteurs développent une compréhension plus fine des subtilités linguistiques, des structures grammaticales et des registres de langue. Cette aisance langagière se traduit ensuite par de meilleures performances dans l'expression écrite et orale, compétences indispensables pour la réussite scolaire et professionnelle. L'étude PISA confirme cette corrélation entre pratique de la lecture et performances académiques. La lecture permet également d'accéder à une culture générale étendue, favorisant la curiosité intellectuelle et l'ouverture d'esprit. Les livres offrent des clés de compréhension du monde, de son histoire, de sa diversité culturelle et de ses enjeux contemporains. Cette culture générale constitue un bagage précieux qui facilite l'insertion sociale et professionnelle des jeunes et leur permet de participer pleinement aux débats de société.
Technologies numériques : alliées ou adversaires de la lecture

Tirer parti des livres numériques et des applications de lecture
Plutôt que d'opposer systématiquement le livre et le numérique, il est possible de considérer les technologies comme des alliées potentielles de la lecture. Le livre numérique présente plusieurs avantages susceptibles de séduire les jeunes générations. La possibilité de transporter une bibliothèque entière dans un seul appareil, d'ajuster la taille des caractères ou de consulter instantanément la définition d'un mot inconnu facilite l'accès à la lecture. Le fait que 44 pour cent des jeunes aient déjà lu un livre numérique et que près d'un jeune sur deux ait lu un livre sur son téléphone portable démontre que ces supports répondent à leurs habitudes d'usage. Les applications de lecture peuvent également proposer des fonctionnalités sociales permettant de partager ses impressions, de recommander des titres ou de participer à des discussions avec d'autres lecteurs. Ces dimensions communautaires répondent aux attentes d'une génération connectée qui souhaite partager ses expériences culturelles. Le livre audio, écouté par 42 pour cent des jeunes, représente une autre forme de contact avec la littérature, particulièrement adaptée aux moments de transport ou aux activités ne nécessitant pas une attention visuelle soutenue.
Gérer le temps d'écran pour préserver des moments dédiés à la lecture
Si les technologies numériques peuvent servir de support à la lecture, elles représentent également la principale concurrence du livre dans la conquête du temps libre des jeunes. Le déséquilibre entre les 19 minutes quotidiennes consacrées à la lecture et les plus de trois heures passées devant les écrans illustre l'ampleur du défi. La gestion du temps d'écran constitue donc un enjeu majeur pour permettre à la lecture de retrouver une place significative dans la vie des adolescents. Cette régulation doit idéalement être négociée et comprise plutôt qu'imposée de manière autoritaire, afin que les jeunes s'approprient eux-mêmes l'importance de préserver des moments sans écrans. Les parents jouent un rôle crucial dans cette régulation, mais leur propre usage des écrans doit être cohérent avec les règles établies pour leurs enfants. L'objectif n'est pas d'interdire totalement les écrans, ce qui serait irréaliste et contre-productif dans notre société numérique, mais de favoriser une utilisation équilibrée laissant de la place à d'autres activités enrichissantes comme la lecture. La mise en place de rituels dédiés à la lecture, comme un temps de lecture familiale le soir ou le weekend, peut aider à créer ces espaces temporels préservés de l'emprise des écrans.
Adapter l'offre éditoriale aux attentes des jeunes lecteurs
Identifier les thématiques qui résonnent avec les préoccupations adolescentes
Pour reconquérir les jeunes lecteurs, l'offre éditoriale doit être en phase avec leurs questionnements, leurs centres d'intérêt et leurs réalités quotidiennes. Les adolescents traversent une période de transformation physique, émotionnelle et sociale intense, marquée par la recherche identitaire, les premières expériences amoureuses, les tensions familiales et les interrogations sur leur place dans le monde. Les livres qui abordent ces thématiques avec authenticité et sans condescendance trouvent généralement un écho favorable auprès de ce public. Les romans traitant de l'amitié, de l'amour, de la différence, du harcèlement, de l'engagement écologique ou des injustices sociales permettent aux jeunes de se sentir compris et accompagnés dans leurs préoccupations. Les succès éditoriaux comme Mille Baisers pour un garçon témoignent de l'intérêt pour les histoires sentimentales, tandis que des classiques comme Le Petit Prince ou Vendredi ou la Vie sauvage continuent de toucher les nouvelles générations par leur dimension universelle. L'adaptation aux goûts des jeunes ne signifie pas pour autant une simplification ou un nivellement par le bas, mais plutôt une capacité à parler de sujets qui les touchent dans un langage accessible.
Valoriser la diversité des voix et des représentations dans la littérature jeunesse
La diversité dans la littérature jeunesse permet à chaque adolescent de trouver des personnages et des histoires auxquels s'identifier. Les jeunes d'aujourd'hui évoluent dans une société multiculturelle et aspirent à voir cette diversité reflétée dans les livres qu'ils lisent. La représentation de personnages issus de milieux sociaux variés, de cultures différentes, avec des orientations sexuelles diverses ou des situations de handicap contribue à créer une littérature inclusive où chacun peut se reconnaître. Cette diversité concerne également les auteurs eux-mêmes, dont les voix multiples enrichissent le paysage littéraire et apportent des perspectives nouvelles. Pour les garçons qui se détournent particulièrement de la lecture au collège, il est important de proposer des modèles de personnages masculins auxquels ils peuvent s'identifier, sans pour autant perpétuer des stéréotypes de genre. L'enjeu est de montrer que la lecture n'est pas une activité genrée mais une pratique culturelle accessible à tous. La diversification de l'offre éditoriale passe également par la valorisation de formats variés, allant du roman classique à la bande dessinée, en passant par le manga ou le roman graphique, afin que chaque jeune trouve le format qui lui convient.
Organiser des événements pour créer une émulation autour de la lecture
Lancer des clubs de lecture et des cafés littéraires pour adolescents
Les clubs de lecture constituent des espaces privilégiés où les jeunes peuvent partager leurs découvertes littéraires, échanger leurs impressions et débattre autour des livres. Ces structures créent une dimension sociale autour de la lecture, transformant une activité souvent solitaire en expérience collective. Les discussions qui s'y déroulent permettent d'approfondir la compréhension des œuvres, d'entendre des interprétations différentes et de développer son esprit critique. Les cafés littéraires pour adolescents proposent un cadre plus informel, où les jeunes peuvent se retrouver dans une ambiance conviviale tout en découvrant des livres. Ces lieux peuvent organiser des lectures à voix haute, des présentations de coups de cœur ou des rencontres avec des auteurs. L'association Lire et faire lire a démontré l'efficacité de ces approches collectives, avec 92 pour cent des enfants qui apprécient les séances proposées et 80 pour cent des enfants initialement réticents qui finissent par apprécier ces moments, un tiers d'entre eux se mettant ensuite à lire plus souvent. Ces résultats encourageants montrent que la médiation humaine et la dimension collective peuvent véritablement transformer le rapport à la lecture.
Participer à des festivals et des concours de lecture
Les festivals littéraires et les concours de lecture permettent de sortir le livre de son contexte habituel et de le placer au centre d'événements festifs et stimulants. Les festivals dédiés à la littérature jeunesse attirent chaque année des milliers de visiteurs et contribuent à créer une effervescence autour du livre. Ces manifestations proposent généralement des animations variées, des ateliers créatifs, des spectacles et des rencontres avec des auteurs et des illustrateurs. Les concours de lecture, qu'il s'agisse de défis quantitatifs, de prix littéraires décernés par des jurys de jeunes ou de concours de lecture à voix haute, stimulent l'engagement des participants et créent une émulation positive. Ces initiatives permettent de valoriser les jeunes lecteurs et de montrer que la lecture peut être une source de reconnaissance sociale. Les témoignages de lycéens comme Théo ou Eléora, impliqués dans les réflexions des États généraux de la lecture, montrent l'importance de donner la parole aux jeunes eux-mêmes pour comprendre leurs attentes et construire avec eux des solutions adaptées. Leur participation active dans ces réflexions garantit que les propositions formulées correspondent véritablement à leurs besoins et à leurs aspirations.
Garantir un accès équitable aux livres pour tous les jeunes
Lutter contre les inégalités d'accès à la culture écrite
Les inégalités sociales se traduisent également dans l'accès à la lecture et aux livres. Tous les jeunes ne bénéficient pas des mêmes ressources familiales, culturelles et économiques pour développer une pratique régulière de la lecture. Les familles les plus modestes ont souvent moins de livres à la maison et n'ont pas toujours les moyens financiers d'acheter régulièrement des ouvrages pour leurs enfants. Ces inégalités de départ se cumulent avec des différences dans la familiarité avec la culture écrite et dans la capacité des parents à accompagner leurs enfants dans la découverte de la lecture. Le dispositif Lire en famille mis en place par l'Udaf de l'Ain illustre la nécessité de soutenir spécifiquement les parents non-lecteurs qui peuvent se sentir démunis face à l'enjeu de la transmission. Les bibliothèques publiques, financées à hauteur de 1,7 milliard d'euros annuels, jouent un rôle essentiel dans la réduction de ces inégalités en offrant un accès gratuit à un fonds documentaire important. Cependant, leur fréquentation reste inégale selon les territoires et les milieux sociaux, ce qui nécessite de développer des stratégies d'aller-vers pour toucher les publics les plus éloignés de la lecture.
Développer les partenariats pour multiplier les points de distribution de livres
La multiplication des points d'accès aux livres contribue à démocratiser la lecture et à la rendre plus visible dans l'espace public. Les partenariats entre différents acteurs, comme les bibliothèques, les établissements scolaires, les centres sociaux, les associations ou les collectivités territoriales, permettent de créer un maillage territorial dense. Des initiatives comme les boîtes à livres installées dans les quartiers, les opérations de distribution gratuite d'ouvrages ou les bibliothèques de rue rendent le livre accessible là où se trouvent les jeunes. Le plan décennal issu des États généraux de la lecture prévoit notamment de soutenir les initiatives locales qui œuvrent dans ce sens. Ces partenariats peuvent également concerner les librairies indépendantes, qui jouent un rôle important de prescription et de médiation culturelle. L'objectif est de faire en sorte que chaque jeune, quel que soit son lieu de résidence ou son milieu social d'origine, puisse avoir un accès facile et régulier à des livres variés. Cette accessibilité matérielle constitue une condition nécessaire, bien que non suffisante, pour favoriser le développement d'une pratique de lecture régulière chez les jeunes.
Construire des communautés de lecteurs engagés
Utiliser les réseaux sociaux pour partager ses coups de cœur littéraires
Les réseaux sociaux, souvent perçus comme des concurrents du livre, peuvent également devenir des vecteurs de promotion de la lecture. Des communautés de lecteurs se sont développées sur différentes plateformes, où les passionnés partagent leurs découvertes, leurs critiques et leurs recommandations. Ces espaces d'échange permettent de créer une dynamique collective autour de la lecture et de montrer qu'on peut être à la fois connecté et lecteur. Bien que seulement 10 pour cent des jeunes affirment avoir eu envie de lire un livre conseillé par une personnalité suivie en ligne, cette proportion pourrait augmenter avec le développement d'influenceurs littéraires capables de parler de livres de manière attractive. Les adaptations télévisuelles jouent également un rôle dans cette dynamique, puisque 66 pour cent des jeunes lecteurs disent avoir davantage envie de lire une œuvre après en avoir vu l'adaptation à l'écran. Ce phénomène illustre les passerelles possibles entre différents médias et la capacité des images à susciter l'envie de découvrir l'œuvre originale. Les réseaux sociaux permettent également de prolonger l'expérience de lecture en partageant ses réactions, en participant à des discussions ou en découvrant des contenus complémentaires comme des interviews d'auteurs ou des analyses d'œuvres.
Créer des espaces d'échange et de recommandations entre jeunes lecteurs
Au-delà des réseaux sociaux grand public, des plateformes dédiées à la lecture permettent aux jeunes de se constituer en véritables communautés de lecteurs. Ces espaces offrent des fonctionnalités spécifiques comme la création de listes de lecture, le suivi de ses lectures, l'attribution de notes et de commentaires, ou la découverte de recommandations personnalisées. La dimension sociale de ces plateformes répond au besoin des adolescents de partager leurs expériences et de s'inscrire dans des groupes d'appartenance. Les discussions qui s'y déroulent permettent d'approfondir la compréhension des œuvres et de découvrir des points de vue différents. Ces communautés en ligne peuvent également se traduire par des rencontres physiques lors d'événements littéraires ou de rassemblements organisés par les membres. L'existence de ces communautés contribue à valoriser la lecture comme une pratique culturelle légitime et à contrer l'image peu attractive qu'elle peut avoir auprès de certains jeunes. Le fait de constater que d'autres adolescents lisent, apprécient et partagent leurs découvertes littéraires peut inciter les jeunes non-lecteurs à franchir le pas et à donner une chance au livre.
Mesurer les résultats des initiatives de revitalisation de la lecture
Définir des indicateurs pertinents pour suivre l'évolution des pratiques de lecture
Pour évaluer l'efficacité des actions menées en faveur de la lecture chez les jeunes, il est indispensable de définir des indicateurs permettant de mesurer objectivement les évolutions. Le temps consacré quotidiennement à la lecture constitue un premier indicateur quantitatif facilement mesurable. Le pourcentage de jeunes qui ne lisent jamais de livres pendant leurs loisirs, actuellement de 20 pour cent globalement et de 38 pour cent chez les 16-19 ans, représente un autre indicateur clé de l'ampleur du défi. La fréquentation des bibliothèques, le nombre de livres empruntés ou achetés, la participation aux clubs de lecture et aux événements littéraires fournissent également des données utiles. Au-delà de ces données quantitatives, des indicateurs qualitatifs permettent d'apprécier la nature du rapport à la lecture. La capacité à lire de manière continue sans interruption, actuellement limitée à quinze minutes pour 20 pour cent des lecteurs, témoigne de la qualité de l'attention portée au texte. Le plaisir ressenti lors de la lecture, les motivations qui poussent à ouvrir un livre ou les freins perçus constituent autant d'éléments à prendre en compte pour avoir une vision complète de la situation.
Ajuster les actions en fonction des retours et des observations de terrain
La mise en œuvre d'un plan décennal comme celui issu des États généraux de la lecture nécessite une démarche d'évaluation continue et d'ajustement régulier. Les premières actions menées doivent faire l'objet d'un suivi attentif pour identifier ce qui fonctionne, ce qui doit être amélioré et ce qui mérite d'être abandonné. Les retours des jeunes eux-mêmes constituent une source d'information précieuse pour adapter les dispositifs à leurs attentes réelles. L'étude d'impact réalisée sur le dispositif Lire et faire lire, qui a révélé que 80 pour cent des enfants qui n'aiment pas lire apprécient finalement ces séances, démontre l'importance de mesurer concrètement les effets des initiatives. Le comité de pilotage dirigé par Nicolas Georges a la responsabilité de coordonner ces évaluations et de proposer les ajustements nécessaires. La réussite du plan de revitalisation de la lecture dépendra de la capacité collective à maintenir une dynamique sur le long terme, à mobiliser l'ensemble des acteurs concernés et à ne pas se décourager face aux obstacles inévitables. Le constat publié par Le Point le 3 août 2025 à 14h30 sur la baisse de la lecture chez les adolescents rappelle l'urgence d'agir, mais c'est dans la durée que les effets bénéfiques de ces actions pourront véritablement se mesurer.